Non à la création d’embryons chimères

Cette semaine, dans le cadre de l’examen du projet de loi relatif à la bioéthique par le Sénat en première lecture, je suis intervenu sur les dispositions de l’article 15 du projet de loi qui, telles que combinées à celles de l’article 17, entendent revenir sur l’interdiction posée par le Code de la santé publique, afin de permettre la création d’embryons chimériques par l’adjonction de cellules souches pluripotentes humaines à un embryon animal, à des fins de gestation et ce, dans le but de faire croître des organes humains pour pallier le manque de dons d’organes.

Si je reconnais l’objectif louable poursuivi, j’estime néanmoins que de telles expérimentations, qui franchissent la barrière des espèces, suscitent des interrogations d’ordre éthique, mais aussi philosophique et moral.

C’est pourquoi j’ai déposé et défendu un amendement visant à proscrire les créations de chimères « animal-humain ».

D’un point de vue éthique, je me suis appuyé sur l’analyse faite par le Comité Consultatif National d’Éthique (avis n° 129) et ai rappelé les trois principaux risques liés à la création de tels embryons hybrides « humain-animal » que ce dernier a relevés, à savoir :

– le risque de zoonoses (risque de développement de nouveaux cas d’infection ou d’infestation) ;
– le risque de représentation humaine chez l’animal (risque d’aboutir à la conception d’organismes qui, au cours de leur développement, présenteraient des caractéristiques propres à l’espèce humaine) ;
– le risque de conscience humaine chez l’animal (risque d’induire, par l’injection de cellules pluripotentes humaines des modifications chez l’animal dans le sens d’une conscience ayant des caractéristiques humaines).

Aussi, j’estime que nous devons être alertés et conscients que ces manipulations viennent brouiller, voire profaner, la frontière de la biologie « homme-animal ».

Je m’interroge donc sur la question de savoir si la France est prête, au nom de la recherche et pour ne pas rater « la course aux grands progrès scientifiques » comme le font déjà d’autres pays (Japon, États-Unis, Espagne), à remettre en cause, ou à reculer les limites et les lignes rouges qu’elle a toujours fixées, afin de garantir l’avenir de notre humanité.

En tout état de cause, je considère que ces dispositions ouvrent une boîte de Pandore, sans aucune assurance quant à nos capacités à maîtriser et à contenir, à terme, l’enivrement de la science, notamment dans un contexte de compétition internationale.

Pour toutes ces raisons, je me félicite de l’adoption, par le Sénat, de mon amendement (n° 57) visant à interdire la création d’embryons chimériques et espère qu’il sera maintenu par l’Assemblée nationale malgré son initiative en première lecture et l’avis défavorable du Gouvernement.

André REICHARDT, Sénateur du Bas-Rhin

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