Emplois d’avenir : une fausse solution au chômage des jeunes

Le Sénat vient de terminer l’examen d’un projet de loi relatif à la création des emplois d’avenir.

Je fais partie des sénateurs de l’opposition qui jusqu’au dernier moment n’avaient pas définitivement arrêté leur vote à l’égard de ce projet de loi.

Certes, j’étais plutôt opposé à un texte coûteux que notre pays n’a pas les moyens de mettre en place dans la situation actuelle. On le sait, l’impact de ce dispositif sur le budget de l’Etat sera très élevé, 2.3 milliards d’euros en 2013. Pourra-t-il être entièrement financé ? La réponse, pour le moins, reste ouverte…

Pour autant, il peut offrir une opportunité d’insertion ou de réinsertion à des jeunes sans qualification ou en difficultés… et même si celle-ci est temporaire ou ne débouche sur aucun emploi durable, a-t-on le droit de s’y opposer ?

A l’issue du débat, force m’a été malheureusement de dire que je ne pouvais pas soutenir ce texte.

La raison essentielle est que les emplois dits d’avenir ne portent décidément pas dans leur essence le caractère durable que les jeunes, et notre société dans son ensemble, attendent d’un emploi. J’en veux pour preuve, à titre d’exemple, la réponse du Ministre Michel SAPIN au sénateur Serge DASSAULT qui aurait simplement souhaité que l’on s’assure de la durabilité de l’emploi financé, au moyen de la validation du projet professionnel et de la vérification de la possibilité d’entrer en apprentissage à l’issue du contrat. Le Ministre, dans sa réponse, a indiqué qu’il n’y avait pas lieu de procéder à une telle vérification, puisque le public visé par les contrats d’avenir ne pourrait en aucun cas prétendre à entrer en apprentissage, car trop éloigné de l’emploi de ce type. Or, c’est là, dans cette réponse, que réside pour moi la grande erreur, pour ne pas dire la mystification, de ces contrats. Parce qu’ils ne permettent pas de s’inscrire dans la durée et d’offrir aux jeunes concernés un projet professionnel avec de réelles perspectives d’avenir, ils ne constituent pas une réponse structurelle à ce cancer que constitue le chômage des jeunes dans notre pays.

Plutôt que de créer une catégorie d’emplois précaires de plus, véritables clones des emplois jeunes d’une période pas si lointaine, destinés majoritairement au secteur non marchand, pourquoi n’a-t-on pas tenté de trouver avec les milieux professionnels du secteur marchand des solutions d’alternance ou d’apprentissage qui puissent offrir des perspectives durables ? Je pense notamment à l’artisanat qui est à la recherche de main d’œuvre de façon récurrente et qui ne la trouve pas assez.

Le taux d’insertion dans un emploi durable que connaissent les jeunes sortis de l’apprentissage et de l’alternance est remarquable. Si l’on en doute, il suffit d’observer que c’est précisément le ‘dual system’ qui en Allemagne contribue à la réussite économique de tant et tant de PME…

Dans le projet de loi, la quasi-totalité des entreprises du secteur marchand est écartée du dispositif. Pourquoi ? Pour éviter les effets d’aubaine, nous dit-on ! Mais les collectivités territoriales, les associations, les autres personnes morales de droit public, connaissent également des difficultés financières qui pourraient les amener à vouloir substituer ces emplois dits d’avenir à d’autres salariés…

En fait, en ne faisant pas confiance aux entreprises, le gouvernement a fait le choix de ne pas s’engager dans une mesure structurelle dans un domaine, l’emploi, qui en a pourtant bien besoin.

Je suis, comme d’autres, d’avis que notre jeunesse a besoin de repères et a besoin de perspectives d’avenir. Pour s’attaquer au chômage des jeunes, il faut prioritairement entreprendre une réforme en profondeur du système éducatif et y associer les professions. Trop de jeunes quittent chaque année notre système scolaire sans qualification suffisante pour trouver un emploi. Et l’on pourrait ajouter à cette absence de qualification professionnelle une absence d’éducation à l’orientation et même au travail. Pour autant, en attendant cette réforme structurelle indispensable, il aurait été utile de s’engager dès aujourd’hui dans une autre voie qui aurait pu l’anticiper, voire la préparer. Le gouvernent ne l’a pas empruntée et je n’ai donc pas pu le suivre.

 

André REICHARDT

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